Demain le ciel sera bleu..
Il y a des moments pas toujours amusants dans la vie d'une femme. Des moments que l'on repousse d'une semaine a l'autre, puis d'un mois a l'autre, voir plus parfois, a l'aide de fausses excuses.. manque de temps, on n'y pense plus, il n'y a pas d'urgence encore.. mais un beau jour il faut bien s'y resoudre.
Et nous voila face a ce moment de solitude, ou l'on se doit de faire abstraction de toute notre pudeur bien naturelle. Devetue, dans une position n'aidant en rien pour nous mettre a l'aise malgré les "detendez-vous" et les tentatives d'humour du medecin. Ce medecin, generaliste ou gynécologue, face a vous.. ou plutot caché et face a cette partie de vous que vous n'avez guere envie de lui montrer, du moins pas d'aussi pres.. ce medecin qui s'en va a l'exploration.. On respire, on regarde le plafond, on tente sans jamais y parvenir de penser a autre chose..
En remettant mes vetements, avec deux fois plus de rapidité que pour les oter, je me suis amusée a lui avouer quelques excuses. Il n'est pas aisé de devoiler ainsi son intimité, il n'est peut etre pas non plus tres sympathique de lui imposer ce devoir apres une longue journée de labeur.. quoique tot le matin ne me semblait pas non plus etre un choix des plus judicieux.. ni meme juste apres le repas.. au moins on en aura bien rit une fois l'epreuve passée.
Mais apres ce passage, il reste encore l'attente des resultats. Car si normalement tout semble aller, s'immisce en nous l'inquiétude normale du "on ne sait jamais.."
Et c'est au matin ou le medecin vous contacte sur votre portable que le souffle s'arrete. Un message sur le repondeur suffit a provoquer une vague de panique. On tente alors de se concentrer sur le message, mais seuls quelques mots inquietants resonnent a vos oreilles, on n'entends alors plus qu'eux, de plus en plus forts..
Ce matin m'est arrivé vendredi dernier. Une journée qui commencait banalement mais qui s'est soudainement teintée d'une autre couleur.
Apres les quelques mots echangés, car bien sur j'ai de suite rappelé mon medecin, le condensé de son discours me semblait soudain des plus noirs et sans appel : anomalies dans les cellules, necessité d'examens complémentaires, colposcopie et biopsie, je vous vois la semaine prochaine pour vous en parler, je vous envoie vers un chirurgien.
A cet instant precis, je me suis sentie ailleurs. J'étais projetée hors du temps.. brusquement. J'ai a peine ressenti quoiquecesoit durant cette derniere seance de tatouage du bras. J'aurai du bondir de joie devant l'achevement de cette oeuvre, féliciter mon tatoueur pour tout son temps passé dessus, j'étais heureuse certes, mais pas autant que ca.. Je suis finie du bras... la prochaine séance sera pour l'amélioration du tatouage du dos.. d'ici la prochaine seance il va se passer quoi..
J'aurai aussi pu etre plus courtoise avec mon visiteur de cette fin de journée de vendredi, peut-etre.. Mon esprit deconcentré par ces mots entendus le matin meme et les lignes non rassurantes de mes recherches internet sur le sujet, revenant trop souvent. Mais je ne me voyais pas lui avouer mes angoisses naissantes..
J'écris ces mots ce soir, avec quelques jours de recul. Apres les angoisses, la peur, le week-end passé blottie au fond de mon home a m'imaginer le pire, a me demander pourquoi, a laisser couler le trop plein d'emotion.. A ne pas savoir a qui en parler, comment en parler.. Avec qui partager ces premiers moments d'inquiétude sans les affoler de trop.. Ressentir ce besoin de bras reconfortants et protecteurs qui resteront absents, comme toujours. Accuser le coup, encaisser, s'attendre au pire pour preparer sa carapace et peut etre finir rassurée si, en bout de course, ce n'est pas si grave..
Deux de mes meilleurs amis ont été presents. Des oreilles, des paroles et des mots ecrits pour consoler mes angoisses et mes maux..
Hier je suis allée revoir mon medecin. Apres avoir cédé a la panique et me demander pourquoi elle attendais si longtemps -4 jours qui parraissent une eternité- pour me revoir. Je suis arrivée a son cabinet le matin, plus sereine. Ce petit laps ce temps m'a permis de rassembler mon courage, d'affronter ce qui allait m'attendre avec plus de calme, de retrouver mon souffle.
Son discours a confirmé mes interrogations. Effectivement il y a des cellules anormales, mais pas cancereuses. Il n'est pas exclu qu'elles proviennent de lesions pre-cancereuses, c'est la raison des examens complementaires a passer. Je vais rencontrer mon futur chirurgien a la fin du mois de mai qui, a son tour, scrutera cette partie intime, y recherchera les lesions eventuelles, puis me decoupera, me dissequera et m'analysera..
On se sent tres seule alors face a l'éventuelle maladie.. tel un animal de laboratoire qui sera découpé sans sympathie.. je ne serai rien de plus qu'une femme parmi toutes ces autres femmes qui ont connus les memes instants d'inquiétudes. A nouveau l'attente des resultats sera penible, a nouveau leur annonce en sera que plus importante : un ouf de soulagement ou un nouveau combat a mener dans cette vie.
Un combat entre une maladie et ce corps qui n'a aucune envie de se laisser envahir, soutenu par l'esprit de cette femme-enfant qui l'habite..
Un combat entre la maladie et moi..
Par Tenebrae76, Mercredi 23 Avril 2008 à 22:40 GMT+2 dans In Profundis (article, RSS)






