Derriere les murs
Voici deja six mois que je suis installée dans mon logement. Une demi-annee, deux trimestre, 26 semaines et demi .. je vous ferai grace du nombre exact de jours..
Il fait chaud aujourd'hui, tres chaud. Et je soupire en regardant cette fenetre coincée qui ne sera reparée qu'a la fin du mois (joie des congés d'été). Heureusement que ce modeste studio en comporte deux, sans quoi j'aurai été bien moins arrangeante avec l'agence de location : je me m'imagine pas devoir vivre la porte grande ouverte pour tenter de respirer un peu. Mais il fait vraiment chaud en cette journée.. et peu vetue, je me dois de laisser le volet baissé pour eviter les regards genants du vis-a-vis quand meme proche.
Le voisinage.
Lors de mon arrivée, l'idée d'aller me presenter aupres de mes nouveaux voisins m'a effleurée l'esprit, juste quelques secondes.. j'ai mis cette idée folle sur le compte du stress du demenagement, riant en m'imaginant tout sourire frapper aux portes et les invitant pour faire connaissance.
Non, j'avoue que je suis incapable de faire une telle demarche. Je mise généralement sur le temps et les circonstances qui joueront peut etre en la faveur d'une eventuelle discussion, un jour.. mais est-ce bien necessaire ?
Je m'étonne alors d'avoir plus l'impression de "connaitre" les
personnes vivants de l'autre coté de la rue (le fait de se voir quotidiennement aux fenetres certainement), que mes propres voisins.
Dans ce mini-immeuble ne comportant pas plus de quatre logements, le
tour du voisinage proche est pourtant rapidement fait.
Au premier étage, un seul logement. Occupé par un homme seul et sa fille. Notre relation se limite a un bonjour poli quand nous nous croisons, hormis un soir ou je me suis confondue en excuses apres lui avoir laché violement la porte d'entrée au nez.. je ne l'avais ni vu ni entendu arriver.. oups.
Au second etage, trois logements.
Le premier, le plus petit, est occupé par une jeune femme etrange et solitaire.. c'est l'antre de votre dévouée, ma garconniere.
Au fond du couloir en face, vit un jeune couple. J'ai toujours du mal a en reconnaitre la partie féminine (mon defaut de non-memoire visuelle tourne parfois au calvaire) ; tandis que la partie masculine s'est enhardie un jour a frapper a ma porte, embeté par un probleme domestique. Pauvre de lui qui me vit alors en tenue du dimanche, non coiffée, vetue d'un tshirt ridicule et usé par le temps, cachée dans sa crypte avec pour seule lumiere la lueur de l'ecran d'ordinateur. Au vue de sa difficulté a exprimer sa demande et le temps mis pour me rendre cet ustensile de premiere necessité - une fourchette - je crains fort lui avoir fait peur..
A coté de mon studio, logeait un autre jeune couple. Je les ai peu connus, ils ont demenagé recemment.. le fait qu'ils soient restés plus longtemps aurait-il influer sur une hypothétique relation sympathique ?? Je n'ai meme pas su leur noms, je me souviens seulement de deux soirées ou je partageais, bien malgré moi, leur joie d'etre deux.. tout contre mon mur..
Quand un voisin demenage, on se demande toujours qui va le remplacer.
La premiere chose qui me vient a l'esprit est généralement le souhait d'avoir des voisins calmes. Celle fois-ci, j'ai quelque peu nuancé ma demande. Rituel d'incantation secret, j'exauce le voeu d'avoir un voisin calme, jeune, celibataire, sympathique.. avec lequel pourrait eventuellement se creer une ebauche de contact, de relation et qui sait.. peut etre finirons nous par partager un peu plus que ce mur qui nous separe, tout au moins une discussion.
Mes espoirs ont été de courte durée. Deux noms sur la boite aux lettres, "il" ne sera donc pas seul...
Au son de la voix indistincte traversant la cloison, "il" ne semble pas si jeune..
Je reprends mon grimoire de rituels secrets, j'ai encore du oublier un ingredient...
Les jours s'ecoulent et ce soir, de la rue, j'ai enfin pu mettre un visage sur la voix de ce nouveau voisin, alors a sa fenetre.
Comme il disparait d'un seul coup d'oeil mon joli fantasme de voisin sexy, jeune et seduisant.. en tout cas jusqua present tout n'est pas perdu : il semble bien calme...
Par Tenebrae76, Dimanche 5 Aout 2007 à 21:14 GMT+2 dans In Profundis (article, RSS)

Les parties les plus intimes de chacun finissent toujours par transparaitre dans les ecrits, je pense.. et meme ceux qu'on tente de dissimuler sous le jeu des mots.





