Dis-moi comment tu laves ton linge...

Il est des gestes quotidiens repétitifs, il est des moments quasi hebdomadaires auxquels je n'échappe pas non plus : ma vie actuelle au sein de ce nid douillet de 20m2 m'a permi de redecouvrir une de ces activités que je pratiquais regulièrement vers mes 20 ans : les heures passées à la laverie du quartier.
Cela n'a rien de désagréable je l'avoue, meme si certains s'étonnent parfois que je ne possede pas de machine a laver. Manque de place tout simplement. Rassurez-vous, avant de demenager je connaissais ce confort.. je ne suis pas si sauvage tout de meme..

Sac rempli de linge, lessive, assouplissant, musique et lecture.. me voici parée pour m'imiscer dans ce microcosme qu'est l'univers de la laverie automatique.
Les habitués sont facilement classables, et pour peu que j'y retourne le meme jour de la semaine dans la meme tranche horaire, je peux parfois y croiser les memes tetes. 
Apres le rituel du remplissage de la machine, detergent, argent dans le monayeur, mise en route, je pose mon fessier sur l'inconfortable siege. D'un oeil je lis ce "livre de poche de sac", et observe les alentours de l'autre.. 

 

Je disais donc que la faune habituelle de ce lieu se distingue en catégories tres facile a classer :

Vous y croisez les laveurs de couette ou duvet. Ceux là viennent occasionnellement, souvent en couple ou avec enfant. Il est vrai que les machines a laver "domestiques" sont bien trop petites pour cette tache. Le laveur de couette ou duvet tente souvent de se debrouiller seul ou avec son conjoint et/ou enfant, investir l'unique machine grande capacité reservée a cet effet si elle n'est pas deja occupée (dans ce cas et face a leur deception, je leur indique que dans la rue voisine se trouve une autre laverie speciale avec plusieurs machines grandes capacité.. vous voyez que je peux etre gentille... parfois...). Une fois la tournée demarée, ils choisissent souvent d'aller se promener, non sans inquiétude de savoir comment il vont retrouver leur couette ou duvet.. jetant un dernier regard soupconneux a cette machine assez bruyante il est vrai..

Aux laveurs de couettes et duvets, j'associe les groupes "en panne de machine" et les "tout juste installés en couple". Eux aussi viennent occasionnellement, mais avec une quantité non négligeable de linge. Les premiers n'hesiteront pas a faire cas de leur desaroi, en demandant conseils aux habitués (c'est a dire souvent moi, j'ai une tete d'habituée apparement...). Deux, parfois trois machines emplies, une fois les grandes indications données et leur linge commencant a tourner, j'ai droits aux remerciements les plus chaleureux et leur regards soulagés tandis qu'ils echangent quelques mots en partant se promener a leur tour "tu vois je te l'avais dis c'est pas compliqué..".
Les "tout juste installés en couple" doivent etre d'anciens habitués solitaires, ils n'ont souvent besoin d'aucun conseil. 

Et voici enfin la grande catégorie, la plus amusante a analyser, celle dont je fais aussi partie "les vieux celibataires", ceux qui vivent dans un minuscule appartement, ceux qui cotoient ces lieux depuis des mois, des années.. Parfois on revoit les meme visages, on fini meme par se saluer et esquiser un sourire.
Il y a toujours des nouveaux venus, ceux a qui parfois je prodigue les memes conseils (je fus bien heureuse qu'une personne m'ait aidé le tout premier soir ou je suis venue ici, alors a mon tour je fais partager les grands secrets et coutumes du clan des sans machines a laver domestique...) : attention les bacs a lessives sont inversés par rapport a l'affiche.. les programmes sont la.. il faut taper le code avant de mettre l'argent.. tenez j'ai de la monnaie, les billets ont toujours des difficultés a passer.. Souvent la discussion se stoppera apres ces quelques echanges courtois, je continue alors ma lecture ou remets les ecouteurs de mon lecteur mp3 sur mes oreilles si je suis dans un jour "sociabilité off'

Il est parfois quelques indigenes inoubliables.
Je pense a ce jeune homme venu une fois, melangeant sans distinction tous ses vetements (laine avec le coton.. quel sacrilege..) et dont le jus de lavage avait plus la couleur d'un bain de boue qu'autre chose. Lui meme aurait pu entrer tout entier dans la machine.. je me suis faite cette reflexion quand il s'est assis sur l'un des 4 sieges inconfortables (si peu de sieges pour 13 machines.. parfois on joue a "qui va au sechoir ne pourra plus s'asseoir") et que mon nez delicat s'est aussitot mis en alerte.

Aux antipodes, je me souviens de cet homme agé. Il a scruté toutes les machines avant que son choix ne se decide enfin sur la derniere. Il a alors sorti un flacon d'un produit inconnu, un chiffon.. et a entrepris de nettoyer minutieusement l'ensemble de la partie reservée aux detergents : un bon quart d'heure. Il a ensuite inspecté le tambour d'un air inquiet, passé un coup de nettoyant sur l'intérieur du hublot.. avant de prendre chacun de ses effets personnels qu'il voulait laver : les inspectant un a un a leur tour, ajoutant tantot un produit detachant, tantot un autre produit inconnu sur chacun avant de les deposer avec multiples precautions dans le tambour.
Il a preferé rester un temps debout au coté de "sa" machine : la seule place assise restant libre a ce moment étant le siege voisin du mien. Je le voyais bien me regarder d'un air.. comment dire.. choqué.. et tourner la tete des que nos regards se croisaient. Je me suis longtemps demandé si sa vie entiere était aussi stricte et maniaque que durant cet episode. Dis moi comment tu laves ton linge, je te dirai qui tu es.. 

Je ne peux pas finir ma prose sans noter que bien sur la laverie du quartier est aussi un lieu de drague.. etonnant ?? Les techniques sont limitées il me semble : il y a ceux qui vont tenter la conversation apres avoir demandé quelconque renseignement ; Il y a ceux qui sont adeptes de l'attaque foudroyante et directe au moment ou je commence a ranger ce linge bien propre sorti du sechoir tout en tentant de se faire aussi discret qu'impossible, devant les regards amusés des autres habitués.. et le mien legerement irrité.

Je n'ai encore jamais croisé un specimen du genre "publicité pour une marque de jean's bien connue" qui serait bien mis de sa personne, venant alors laver les seuls vetements qu'il porterait sur lui.. nous offrant un strip-tease a la hauteur du reve laissé par un ancien spot publicitaire.. quelle tristesse.
Ce reve amusant disparait tel une bulle de lessive tandis que je laisse en plan mon dragueur a l'attaque foudroyante.. une fois rentrée je poserai mon nez sur ce linge parfumé et encore tiede que je n'aurai plus qu'a ranger. 

Vos commentaires

1 Le Lundi 23 Juillet 2007 à 20:34 GMT+2, par davidnonoise

ahahah excellent jme suis delecté a lire ce texte ,ya aussi ceux qui mettent leur machine en route et qui se barre et a leur retour si tu les croise dans la rue avec ton linge lavé, ils te devisagent en se demandant si tu leur a pas chouraver leur fringues, ils font parti de la 1ere categorie que tu as decris jcrois

2 Le Lundi 23 Juillet 2007 à 21:10 GMT+2, par tenebrae76

Merci Davidnonoise ;)
Oui tu as raison, tu parles des occasionnels stressés du hublot mais qui partent quand meme faire un tour durant le lavage... et reviennent 15 minutes en avance ou en retard, totalement angoissés a l'idée de ne pas retrouver leur linge.. lol

3 Le Mercredi 25 Juillet 2007 à 10:11 GMT+2, par Rimmel

ah!!! les joies de la laverie! Quelle belle description tu nous en a faite, Tenebrae! Je me permettrai néanmoins d'ajouter la toute dernière catégorie de lessiveurs névrosés: les étudiants-qui-habitent-trop-loin-de-chez-maman-pour-qu-elle-lave-encore-leur-linge... et qui évidemment dans leur chambre de bonne / micro studio/ colocation (au choix) n'ont pas la place non plus d'avoir leur propre machine. Et là, ça donne des discussions comme ça:
"Oui, ok, si je mélange le blanc et les couleurs tout y'aura plus rien de blanc, mais dans le même temps avec les 5 euros d'économisé je peux acheter plein de chocolat!
-bon, ben, lave pas tes jean's, alors à la place, de toute façon un jean ça se porte facile un mois avant d'être sale!"
Oui, oui, ça sent le vécu!!! lol

4 Le Mardi 10 Juin 2008 à 23:25 GMT+2, par Heurchon

Superbe chronique de la vie à la laverie! ça donne envie! ^^

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