Bonne fete... papa....
Dans la demi-douzaine de mails quotidiens qui emplissent ma boite virtuelle principale, un sujet revient souvent ces derniers jours : "bientot la fete des peres".. tels un marteau ils frappent obstinément à la porte de mes souvenirs..
Mon pere.. papa... je ne crois pas avoir utilisé une seule fois ce mot enfantin pour te designer. "Tien, IL est la.. " "Encore LUI..." était mes pensées quand je te voyais, généralement lors de ta rare visite dominicale, parfois mensuelle, chez mes grands parents qui m'elevait.
Mon pere... un geniteur rien de plus a mes yeux, celui qui m'a faite par erreur, durant la courte periode ou tu frequentais ma mere. Jeune femme handicapée qui croyait peut etre avoir trouvé un homme sincere.. Elle semblait y croire oui, sur ces photos.. Mais tu avais cette facheuse habitude, je l'ai su un peu plus tard, de profiter financierement de femmes esseulées.. les proies faciles.. travailler était pour toi un mot a bannir.
Mon pere.. tu n'as jamais pris ton role de pere au serieux. Alcoolique, violent lors de crises de delirium, menteur bien sur, voleur, blouson noir.. toi si petit et maigrelet, je t'imagine bien ce cran d'arret a la main. Celui qui ne te quittait jamais, arme que tu as meme osé brandir contre ma grand-mere, ta propre mere, la menacant de mort devant mes yeux d'enfant..
Mon pere... des mon plus jeune age je ne t'ai pas aimé. Des mes premieres années je me suis méfiée, je ne m'approchais guere de toi et venir te dire bonjour était un supplice, tu le savais d'ailleurs tres bien, tu le ressentais tout autant que moi. Une fois grandie, tu m'as dit un jour que tu voulais me prendre chez toi.. m'elever.. j'avais 13 ans. Qu'avais tu fais pour me montrer ton attachement durant ces 13 premieres années de ma vie ? Je me souviens seulement des disputes violentes qui achevaient généralement tes rares visites a la maison..
J'avais 13 ans, j'étais encore une enfant, presque une petite fille.. mais je me souviendrais toujours de cet apres-midi ou tu m'en a parlé. Nous etions seuls dans le salon, ma grand-mere dans la cuisine, affairée. Tu m'as regardé, tu m'as alors demandé de lever ma jupe.. allez c'est juste entre nous, je suis ton papa, j'ai le droit.. je n'oublierai pas ton regard, et ce geste.. Tu m'a ensuite dit que j'allais vivre chez toi, que j'allais te rapporter de l'argent.. tu riais..
Je n'ai pas osé en parler de suite a ma grand-mere. Le honte ettreint toujours les enfants victimes, il a fallu que je me force, moi si timide, que je retourne des dizaine de fois dans ma tete la maniere d'aborder le sujet, en retenant mes larmes.. je savais qu'elle en souffrirai..
Tu a été dechu de tes droits parentaux, tu as eu interdiction meme de nous approcher, a cause de ta violence. Je n'ai eu ensuite que tres peu de nouvelles de toi, et mon ultime souvenir fut la fois ou j'ai du chercher secours aupres de la police, pour qu'il t'emmene de force.. j'avais 16 ans. Ils t'ont enfin eloigné de nous, pour toujours...
Je ne sais pas si tu es encore en vie, et j'avoue que c'est bien le cadet de mes soucis.
Je rejette sur toi mon maletre face aux hommes, j'estime que tu en es la cause principale.
Je crois n'avoir jamais réussi a me sentir en confiance dans les bras d'un homme, n'avoir jamais reussi à ressentir une veritable protection. Il faut dire aussi que ce n'est pas le genre d'homme qui croise habituellement ma route : celui qui m'aurait aimée, protegée, celui qui aurait pu me redonner confiance en moi, en lui, fonder peut etre une famille un jour..
0ui, tu m'as offert une bien pietre opinion de l'homme... c'est tout ce que tu as su faire pour moi.
Je n'ai jamais eu l'occasion de te dire ces mots, et tres peu de personnes sont au courant de cette partie de moi..
Ce soir j'ai eu envie de liberer une fois pour toutes ces années de rancoeur et de colere pour le mal que tu as fais.
Alors.. bonne fete.. papa..
Par Tenebrae76, Lundi 11 Juin 2007 à 22:10 GMT+2 dans In Profundis (article, RSS)
Et j'aime sourire a la vie et aux plaisirs qu'elle apporte.






