Lundi 29 Juin 2009
Entre deux maux, si je pouvais choisir le moindre..
Un matin au rayon fruits et legumes du supermarché voisin.. (oui je sais j'ai encore bien du mal a me rendre chez le primeur : le fait d'attendre son tour, la promiscuité des autres clients, je n'aime guere que l'on me serve, et generalement je ne sais pas vraiment ce que je veux --> j'ai à nouveau opté pour la facilité et l'anonymat)
Juste devant moi à la caisse "pesage-etiquetage des fruits et legumes par soi-meme si l'employé qui sert aussi de magasinier et de surveillant d'étal [compression de personnel oblige] est occupé plus loin" se trouvait une petite vieille.
Ca n'a rien de pejoratif. Elle faisait vraiment parti de ces petits vieux qui ont bercé mon enfance. Pas les actuels retraités hyperactifs qui se decouvrent une nouvelle vie une fois leur années de labeur achevées, non. La petite vieille comme dans les contes de fees, à la peau fripée, voutée.. celle que l'on imagine faire des tartes aux pommes pour ses arrieres-petites-filles dans la cuisine d'une maison aussi ancienne qu'elle.. Celle qui a su aimer et etre a l'ecoute.. celle qui respire la tranquillité simple d'une vie qui s'acheve.
Avec son sachet de cerises à la main, je la voyais bien un peu embetée. Pas d'employé. A coté d'elle une autre personne d'un âge certain, mais visiblement plus alerte.
Ma petite vieille au visage de pomme frippée à fini par se decider à lui demander de l'aide : sa vue plus que faible ne lui permettait pas de trouver ce "bouton pour le prix" correspondant aux cerises. Effectivement sa voisine semblait un peu plus jeune et plus en forme, mais malheureusement pas de l'ouie !!
Je ne vous ferai pas part des quiproquos de la conversation qui m'ont apporté le sourire avant que je lui apporte mon aide (a noter dans mon carnet de bonnes actions...).
Ce matin je repensais a cette anecdote. Je pensais dans la foulée a ce que pourrait ressembler ma vie quand j'atteindrai cet age (si j'y parviens..) et jusqu'a quel moment je serai capable de m'assumer seule. Et si je perdais l'ouie ?? Et si je perdais la vue ??
On se pose souvent cette question, a savoir laquelle de cette perte serait la moins difficile a surmonter.
Comment arriver a survivre -seul je l'entends- avec une cecité ? Je crois que j'en serai bien incapable. Mes reperes visuels perdus, coupée totalement du monde qui m'entoure, ou bien dans un flou loin d'etre artistique cette fois.. comment s'en sortir ? Je me dis alors que je me laisserai mourir peut etre, de toute facon je ne pourrais pas me suicider : je n'arriverai plus a trouver la corde soigneusement rangée, et comment l'accrocher ?? ^^
La perte de l'ouie me semble un moindre mal comparativement. Mis a part l'adieu douloureux a l'écoute de la musique, et quelques chants de la nature.. tout le reste me parait sans grande importance tout a coup, ou bien facilement accesible grace a nos autres sens.
Certes je n'aurai pas entendu ma petite vieille demander de l'aide.. mais avec une once de logique en regardant son sachet de cerises, ses pupilles opacifiées par l'age ou la maladie et son air perdu devant l'étal, j'aurai certainement pu encore la depanner ^^
Par Tenebrae76, Lundi 29 Juin 2009 à 20:48 GMT+2 dans In Profundis







